SOPHOCLE


SOPHOCLE
SOPHOCLE

Plus jeune qu’Eschyle, dont l’œuvre garde une majesté un peu archaïque, mais plus âgé qu’Euripide, qui tente déjà des innovations parfois à la limite du tragique, Sophocle représente, au Ve siècle avant J.-C., l’équilibre et comme la perfection du genre tragique. Par là, il continue toujours à rayonner, d’un éclat pur et comme intemporel. Ses tragédies, qui mettent en cause le sort même de l’homme, sont, de toutes, les plus aisément accessibles à travers les siècles. Et il a lui-même tout fait pour que cette valeur universelle s’inscrive dans son œuvre de la façon la plus éclatante.

Contemporain de Thucydide, Sophocle voyait toutes choses sous l’aspect de l’universel. C’est lui-même qui dit que son Œdipe est un exemple. Et les arguments qu’emploient Antigone contre Créon ou Néoptolème contre Ulysse dégagent tous, en pleine clarté, les principes généraux qui animent leur action, voire leur hésitation. Qui plus est, ces dialogues sont encadrés par des chants du chœur, qui commentent avec une ampleur et une harmonie sans pareilles l’élément humain le plus profond, dont l’action se contentait de montrer les effets particuliers. Quand Hémon, son fiancé, vient de plaider pour Antigone, Sophocle insère dans sa pièce un chant sur l’amour. Quand Œdipe va mourir, chargé d’années, il y insère un chant sur la vieillesse. Il y a des chants célèbres sur la fragilité humaine, ou sur les ressources merveilleuses de l’homme. Le développement de ses tragédies était déjà, par lui-même, décanté et ramené à ses lignes essentielles: l’apport du lyrisme, en créant une sorte de recul, de distance, attire encore mieux l’attention vers la signification la plus haute et la plus riche de résonances. Si l’on appelle classique le souci délibéré d’atteindre à l’universel, le théâtre de Sophocle, par tous ces traits, qui s’accordent si bien avec le moment qui le vit naître, constitue, dans son équilibre même, comme le modèle du classicisme.

1. Un moment d’épanouissement

La vie de Sophocle coïncide avec le déploiement de la grandeur d’Athènes. Il est né à Colone, juste avant les guerres médiques, et conduisit, dit-on, le chœur des jeunes garçons qui célébra la victoire d’Athènes. Il connut l’empire athénien et la démocratie de Périclès, avec qui il fut lié. Lui-même, dans cette cité à son apogée, eut toujours une vie heureuse. Il eut beaucoup d’amis, dont Hérodote. Il joua un rôle public. Enfin, il fut, jusqu’au moment où il mourut à Athènes, âgé de quatre-vingt-dix ans, un auteur aimé et souvent couronné.

Le moment où il se place est loin d’être indifférent; et bien des mérites de son œuvre semblent être liés à l’épanouissement intellectuel et politique d’alors.

Un genre à son apogée

Tout d’abord, si l’histoire du genre tragique coïncide, à Athènes, avec celle de la grandeur nationale, comment ne pas penser que Sophocle se situait à une position propice dans l’histoire de ce genre? Eschyle avait été, en quelque sorte, le créateur de la tragédie. Désormais, elle existait. Il ne restait plus à Sophocle qu’à assouplir, à alléger, à perfectionner. Et il n’eut pas de mal à le faire.

C’est lui, dit Aristote, qui aurait porté à trois le nombre des acteurs: trois, au lieu de deux; c’est dire qu’il sentait déjà le besoin d’une action plus animée et de caractères plus nuancés.

Il faut le reconnaître, l’action, chez Eschyle, était simple, presque figée: déjà le théâtre de Sophocle connaît les progressions savantes et les brusques revirements, qui font se succéder, en surprise, la confiance et le désespoir. Dans Œdipe roi , où l’on recherche l’auteur d’un crime ancien, et où l’on avance pas à pas vers une vérité qui donnera l’enquêteur lui-même pour le coupable, Sophocle n’a rien à envier aux modernes auteurs de romans policiers. Ailleurs, d’une façon qui surprend davantage, il use de la même liberté pour composer des pièces faites de volets différents, comme des diptyques; et le personnage principal qui domine dans une moitié de la pièce n’est même plus en vie dans l’autre (c’est le cas pour Ajax et pour Les Trachiniennes ). Pourquoi pas? Sophocle est libre. Il compose son action, l’enrichit, la diversifie. Et, du coup, il abandonne l’habitude de la trilogie, qui groupait trois tragédies portant sur une donnée unique.

Cette aisance accrue lui permet aussi – ce qui restera après lui, et pendant des siècles, le principal souci du théâtre – la peinture nuancée des caractères. Les personnages, deux à deux, s’affrontent et se définissent les uns par rapport aux autres. Ils prennent de l’importance. Et le dialogue, raffermi par l’art, alors à la mode, des discussions d’idées, prend désormais le pas sur le lyrisme.

Un âge de foi en l’homme

Mais les moyens littéraires, ainsi perfectionnés, ne sont pas l’essentiel: avant tout, Sophocle doit à l’épanouissement intellectuel d’alors l’inspiration même qui anime ses tragédies. Eschyle, au début du siècle, était encore tout pénétré de pensée religieuse. Sophocle, un peu plus tard, a connu, dans l’Athènes triomphante de Périclès, un climat où dominait la confiance en l’homme. Il avait l’âge des premiers sophistes. Il a pu approcher des compatriotes plus jeunes, qui s’appelaient Thucydide ou Socrate. Ainsi s’explique le paradoxe fondamental de son œuvre, qui veut qu’à la vision la plus tragique du destin de l’homme s’allie une des plus chaudes exaltations de sa grandeur: Sophocle a inventé le héros tragique.

Des sept tragédies de lui qui ont été conservées (sur cent vingt-trois dont les titres étaient connus des Anciens), une seule est nommée, à la manière traditionnelle, d’après la composition du chœur: c’est la tragédie des Trachiniennes , qui compte, précisément, parmi les plus anciennes; les six autres portent les noms de héros ou d’héroïnes: Ajax , Antigone , Œdipe roi , Électre , Philoctète , Œdipe à Colone . La tragédie de Sophocle laisse à l’esprit des silhouettes de figures humaines promises à un destin d’exception.

2. Le héros, homme à part

Les héros de Sophocle sont, par essence, différents de l’humanité moyenne. Ils sont plus exigeants, plus hostiles à tout compromis. Ce sont souvent des femmes, des jeunes filles, qui ont la pureté intransigeante de la jeunesse. Enfermés dans une situation où seule la souplesse pourrait permettre de survivre, ces héros se cabrent, refusent, préfèrent mourir. Et Sophocle a pris grand soin de montrer, dans un contraste immédiat et concret, en quoi ce caractère les oppose, non seulement à leurs adversaires, mais à tout leur entourage.

Affrontements

La tragédie d’Ajax trouvait dans le texte de l’épopée un modèle déjà héroïque. Sophocle, en le reprenant, a choisi, dans la vie du héros, l’épisode, de tous, le plus sombre; et il l’a encore assombri. La légende racontait qu’Ajax, après s’être vu refuser les armes d’Héraclès, était devenu fou et avait massacré des troupeaux, croyant tuer les chefs des Grecs ; après quoi il s’était suicidé; c’est du moins ce que disait la Petite Iliade . Or, Sophocle a choisi de montrer Ajax dans le bref temps qui sépare son retour à la raison de son suicide, c’est-à-dire Ajax humilié et contraint, pour survivre, d’accepter cette humiliation. Et il a imaginé de placer autour d’Ajax une tendre captive, qui l’aime, et des marins de Salamine, qui le respectent. Tous l’engagent à vivre; une longue scène oppose même Ajax et Tecmesse, sa captive, personnages qui représentent respectivement l’honneur de mourir et le devoir de vivre. Mais Ajax, qui semblait céder, se tue: des gens comme lui ne transigent pas.

Il en est de même pour Antigone. La tragédie d’Antigone raconte comment la jeune fille s’exposa à la mort (et subit cette mort) pour ensevelir son frère, malgré la défense qui en était faite. Elle aurait pu obéir. Elle aurait peut-être dû. Et Sophocle a imaginé de placer à côté d’elle une sœur, qui l’aime assurément, mais qui n’est pas de la race des héros, et qui refuse de s’associer à ce geste qu’elle juge insensé. Là aussi, il y a débat, et contraste entre des devoirs contraires. Ismène veut agir selon la sagesse et obéir aux règles édictées par le roi; Antigone ne connaît que la règle plus haute, qui veut qu’un mort soit enseveli par ses proches. Et elle choisit, altière: des gens comme elle ne se laissent pas arrêter.

La tragédie d’Électre offre la même idée, mise en valeur par le même procédé. Reprenant le thème des Choéphores d’Eschyle, Sophocle a choisi de faire porter tout le poids de l’action non par Oreste, mais par Électre, par une fille seule, maltraitée, abandonnée de tous, et qui, de plus (l’idée est de Sophocle), est trompée par le récit artificieux qui lui donne Oreste pour mort. Or, ainsi laissée sans aucun soutien, Électre, l’intraitable, en vient à l’idée de venger elle-même son père. Comme dans Antigone , elle a une sœur à ses côtés, une sœur qui n’est pas héroïque, et qui discute, et qui refuse, et qui supplie. Mais des gens comme Électre se laissent supplier en vain.

D’autres héros ont la même obstination: Héraclès, le féroce, auquel fait pendant sa tendre épouse Déjanire, dans Les Trachiniennes , ou bien Œdipe, qui s’obstine à chercher la vérité, dans Œdipe roi , et refuse plus tard tout pardon, dans Œdipe à Colone . Tous sont de la même famille et possèdent le même courage.

Devoirs contrastés

Ou plutôt ils placent leur courage, de la même façon, au service d’un absolu à côté duquel rien ne compte. Par là, le théâtre de Sophocle se présente comme tendu par des conflits d’ordre moral. Car on y voit s’opposer les caractères, sans doute, mais d’abord, et surtout, les valeurs que chacun entend servir. Et c’est peut-être ce qui fait que le dialogue, dans ce théâtre, semble si souvent s’adapter aux problèmes que vit chaque génération de lecteurs ou de spectateurs. Qui peut oublier le débat entre Antigone et Créon? L’un parle de la loi de l’État, l’autre, au nom de valeurs d’un autre ordre, proclame le devoir de résistance. Dans ce débat, chacun, selon les périodes, reconnaît son propre problème: la famille ou l’État, la religion ou la société, l’obéissance ou la dissidence, l’absolutisme ou la révolte... Les mots sont si simples et si fermes qu’ils semblent autoriser toutes les interprétations, et éveillent des échos divers au cœur des uns ou des autres.

Au reste, la tragédie de Philoctète , qui fut jouée peu avant la mort de Sophocle, illustre bien ce caractère, puisqu’elle s’attache à décrire le conflit qui se lève dans l’âme d’un jeune homme, pris entre le devoir de servir les Grecs et celui de rester loyal. Comment agir au mieux? Tel est bien le problème dont débattent les pièces de Sophocle. Et ses personnages s’identifient toujours, sans la moindre bavure, avec une norme et des valeurs.

Le héros ne diffère donc des autres que par la nature de l’idéal choisi. Le sien est le plus haut et, par suite, le plus coûteux. Peut-être n’est-il pas bon pour tous. Peut-être la sagesse d’un Ulysse est-elle parfois préférable. Mais même lorsque Sophocle ne semble pas recommander un tel idéal, il est clair qu’il l’offre toujours à notre admiration; et les épreuves qu’il impose en rehaussent l’éclat.

Solitude

Il est déjà dur d’exposer sa vie. Il l’est plus encore de l’exposer sans être compris ni aidé de personne. Or, les héros de Sophocle doivent mener un double combat: ils ont des adversaires, qui représentent l’autorité, que ce soit le roi dans la cité ou bien les chefs qui commandent les armées grecques à Troie, mais ils ont également à se défendre contre les instances de leurs proches. Leur goût de l’absolu, qui les rend différents, les isole. Aussi perdent-ils de proche en proche leurs espoirs, leurs amis. Ajax finit par se tuer sur une scène vide. Antigone meurt emmurée loin de tous. Électre se voit privée de son dernier espoir. Le héros sophocléen va vers la mort de plus en plus isolé des autres. On dirait qu’il a contre lui non seulement ses ennemis, mais aussi ses amis, et même les dieux.

3. Le héros, jouet des dieux

Car ses héros si nobles et si courageux semblent tous condamnés à un destin qu’ils ne méritaient pas. Dans le théâtre d’Eschyle, tout désastre illustrait la justice divine; et une chaîne rigoureuse liait l’une à l’autre, parfois en s’étendant à plusieurs générations, la faute et sa punition; dans celui de Sophocle, s’il y a bien, latente, l’idée de fautes à châtier, celles-ci n’expliquent jamais l’ampleur des catastrophes.

L’innocence condamnée

La faute d’Ajax, Sophocle l’indique: c’est une insolence envers Athéna. Cela justifie-t-il cette folie, cette humiliation, cette mort? Certes pas. Et l’Athéna qui paraît au prologue de la pièce semble plus redoutable qu’équitable. De même pour Déjanire, dans Les Trachiniennes : meurt-elle parce qu’elle a été imprudente en voulant conserver l’amour d’Héraclès par un procédé magique? Était-ce une telle faute? Et Héraclès lui-même, qu’a-t-il fait pour que tant d’oracles le condamnent et que sa mort devienne un tel paroxysme de souffrances? Et Antigone, qu’a-t-elle fait?

Tous ces innocents, contre lesquels les dieux préparent des désastres, que souvent ils prennent soin de leur annoncer à l’avance, trouvent leur symbole le plus frappant dans le héros qui est, avec Antigone, le plus célèbre des héros de Sophocle: dans Œdipe.

Les dieux avaient prédit le sort d’Œdipe: il tuerait son père et épouserait sa mère. Or Œdipe a tout fait pour éviter ce sort. Il a fui ce qu’il croyait être son pays, ceux qu’il croyait être ses parents. Et cette fuite l’a précipité dans le sort qu’il voulait éviter. Œdipe roi le présente au sommet de sa majesté, ignorant tout; et c’est un souverain excellent, passionné de bien et de vérité. Mais son civisme même le lance dans une enquête qui, peu à peu, lui révèle l’horreur de sa propre situation; et le souverain rayonnant du début reparaît à la fin désespéré, détruit, s’étant crevé les yeux pour ne plus voir ce monde où il n’a plus de place. Quant à sa femme, Jocaste, elle s’est pendue.

On ne peut imaginer désastre plus complet, ni moins mérité. Et l’ironie qui veut que son désir de bien agir se soit à ce point retourné contre lui-même souligne, d’un bout à l’autre, le sens tragique de son destin.

À cet égard, Œdipe roi est, si l’on veut, la tragédie la plus typique qui soit. C’est ce qui lui a valu sa célébrité. C’est aussi ce qui a animé toutes les adaptations, amères et irreligieuses, dont La Machine infernale de Cocteau est l’avatar le plus moderne.

Respect des dieux

Toutefois, ce serait diminuer le sens de la tragédie de Sophocle que de l’enfermer dans ce cadre qui ne sert, en définitive, qu’à incriminer le destin, attaché à la poursuite d’un innocent. À vrai dire, chez Sophocle, la destruction d’Œdipe porte sans doute témoignage de la faiblesse humaine en face des dieux ; mais elle ne constitue pas pour autant un réquisitoire à l’égard de ces dieux.

D’abord, il ne faut pas oublier qu’après Œdipe roi , tout à la fin de sa vie, Sophocle a écrit Œdipe à Colone , une tragédie qui fut jouée après sa mort. Dans Œdipe à Colone , le vieil aveugle, errant, arrive en Attique, où de nouveaux oracles annoncent qu’il doit trouver la mort, mais une mort bénie des dieux, qui feront de sa sépulture une protection pour Athènes. Sans qu’elle ait plus de raison que n’en avait sa destruction, son héroïsation baigne dans le sacré. Les dieux l’ont abattu: les dieux le sanctifient. Et nul ne connaît les motifs de cette double partialité.

Le sens même de l’œuvre de Sophocle suppose, en effet, que les dieux y soient très loin au-dessus des hommes. On ne leur demande pas de comptes; on constate seulement leur pouvoir, avec un respect sans réserves.

Car Sophocle était pieux. Aucun théâtre n’a jamais suggéré autant que le sien la différence entre le monde des hommes et celui des dieux. Ceux-ci ne peuvent être compris; mais on adore leurs décisions. Ils représentent le domaine de l’immuable et de l’absolu. Et ce serait un contresens que de parler de révolte à l’égard des dieux quand il s’agit du poète d’Antigone , de celui qui a si hautement célébré la majesté des lois divines: «Elles ne datent, celles-là, ni d’aujourd’hui ni d’hier, et nul ne sait le jour où elles ont paru. Ces lois-là, pouvais-je donc, par crainte de qui que ce fût, m’exposer à leur vengeance chez les dieux?» (454-460). «Mais quel orgueil humain pourrait donc réduire ton pouvoir, ô Zeus? Ni le sommeil qui charme tous les êtres, ni les mois divins et infatigables n’en triomphent jamais. Insensible à l’âge et au temps, tu restes le maître absolu de l’Olympe à l’éblouissante clarté» (604-610). Et le chœur d’Œdipe roi , ne s’exprime pas autrement. Lui aussi parle des lois divines, qui «siègent dans les hauteurs: elles sont nées dans le céleste éther, et l’Olympe est leur seul père; aucun être mortel ne leur donna le jour; jamais l’oubli ne les endormira: un dieu puissant est en elles, un dieu qui ne vieillit pas» (863-871).

Faiblesse et grandeur

Sophocle a eu un sentiment intense des vicissitudes humaines, de la ronde des jours, de la grande alternance par laquelle se succèdent les joies et les peines. Mais, de cette instabilité, il ne songe pas à se plaindre comme d’une injustice: il lui oppose plutôt l’idée rayonnante d’un autre monde qui est celui des dieux et dont on ne sait rien, sinon qu’il échappe à l’œuvre du temps et mérite seul notre respect.

Ce qui perd Œdipe, malgré lui, n’est donc point une puissance maléfique qui se jouerait de lui à plaisir: c’est une puissance trop haute pour que l’on puisse la juger, trop haute aussi pour que l’on espère jamais résister à ses arrêts. Et, à cet égard, Œdipe, tout héros qu’il soit, représente l’homme: «Pauvres générations humaines, je ne vois en vous qu’un néant. Quel est, quel est donc l’homme qui obtient plus de bonheur qu’il n’en faut pour paraître heureux, puis, cette apparence donnée, disparaître à l’horizon? Ayant ton sort pour exemple, ton sort à toi, ô malheureux Œdipe, je ne puis plus juger heureux qui que ce soit parmi les hommes» (1186-1192).

Au reste, même quand ce pouvoir souverain les abat, les héros de Sophocle n’en deviennent pas les jouets passifs. Précisément parce que les dieux semblent s’être retirés en un lointain si inaccessible, l’attention se concentre sur le seul objet qui reste bien clair, à savoir l’attitude des hommes en face de ce destin qui parfois les broie. Or, cette attitude reste fière et digne. Ajax, qui se suicide, et Œdipe, qui se crève les yeux, restent des héros dans la façon même dont ils succombent. Et Héraclès, tordu de souffrance, et Philoctète, criant de douleur, restent des héros eux aussi. Même broyés par les dieux, les héros de Sophocle respirent et inspirent la confiance en l’homme. Et tant de grandeur, se joignant à tant de misère, constitue précisément le plus pur ressort du tragique.

Sophocle
(v. 496 - 406 av. J.-C.) poète tragique grec. Il aurait écrit plus de cent pièces; il ne reste que sept tragédies complètes (Ajax, électre, OEdipe roi, OEdipe à Colone, Antigone, les Trachiniennes, Philoctète). Elles exaltent le héros qui se révolte ou préfère la mort à la soumission.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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